Lise Raymond est affligée par le destin mais elle conserve le moral
Un matin de mai. C’est la campagne électorale. Vous êtes en train de lire votre journal en dévorant une toast (ou, si vous avez brossé la veille, de lire une toast en dévorant votre journal). Soudain : stupeur ! Vous apprenez qu’une Lise Raymond, attachée de presse du Bloc Québécois, vient d’être limogée pour avoir communiqué un trajet erroné à un chauffeur d’autobus. Gasp ! Fichtre ! Vous vous dites : « Nooooon… Ce n’est pas la Lise Raymond que je connais… » Puis le doute s’installe en vous et vous pensez que, oui, c’est peut-être la Lise Raymond que vous connaissez, que le succès a dû lui monter à la tête, qu’elle est probablement tombée dans la consommation de substances illicites comme un vulgaire joueur de baseball de 20 ans, et qu’elle est en train de ruiner une si belle carrière, elle qui a toujours été si professionnelle, et vous vous mettez à chercher le numéro de téléphone de ses parents pour les aviser du drame que vit leur fille unique, — parce que ce genre de drame n’arrive toujours qu’à des filles uniques — mais vous n’arrivez pas à trouver le saudit numéro de téléphone, alors le découragement s’empare de vous et vous vous précipitez du haut du pont Jacques-Cartier en affirmant que l’Univers est composé de bulles cosmiques.
Si quelque chose du genre vous est récemment arrivé, cessez de vous en faire : il ne s’agit pas de la Lise Raymond que vous connaissez. La Lise Raymond, celle des Communications Lise Raymond, is alive and well, yes sir. Après avoir servi et rendu heureux les Je vous entends chanter, Zébulon, Gowan, Claire Pelletier, Saison jazz Montréal, Fred Fortin, Musique Multi-Montréal et Dan Bigras, pour n’en nommer que quelques-uns, la meilleure attachée de presse à l’est des Grands Lacs poursuit sans relâche son œuvre de diffusion du talent québécois.
Tout va donc pour le mieux dans le merveilleux monde de la sémillante Lise. Sauf que…
Sauf que Longueuil, où les bureaux de sa prospère entreprise sont sis, sauf que Longueuil, dis-je, n’a pas été gentil avec elle. Des individus sans scrupules, des filous de la pire espèce, des immondes personnages ont tenté de s’introduire par effraction dans ces bureaux non pas une, non pas deux, non pas trois, mais bien QUATRE FOIS ! Ils y sont parvenus à deux reprises et en ont profité pour s’envoler avec tout son matériel informatique. Ah ! je vous jure, la jeunesse d’aujourd’hui — parce que ce sont sûrement des jeunes, ils ne respectent plus rien —, ça ne pense qu’à faire des mauvais coups ou à s’acheter un skweegee plutôt qu’à faire quelque chose de constructif comme apprendre par cœur l’œuvre de Rimbaud ou se trouver une job stable dans le merveilleux monde de l’Info-pub.
C’est donc pour conjurer le mauvais sort que Lise, et les Communications qui portent son nom, ont décidé de déménager sur l’île de Montréal. À partir du 30 juin, vous pourrez donc la rejoindre au :
(***-****)
ou aller lui porter des fleurs pour la réconforter au :
****, rue St-Hubert
Montréal (Québec)
Comme disait Saint-Exupéry : « L’essentiel est invisible pour les yeux, mais prends pas de chance pis fais-le assurer quand même ». C’est cette puissante leçon que Lise a retenue de cette troublante aventure. Elle (et son nouveau doberman de 200 livres qui répond au doux nom de Jeffrey Dahmer) est maintenant prête à faire face au destin si celui-ci s’avise encore de lui jouer des tours. Entre temps, elle attend dans l’enthousiasme de vos nouvelles, question de vérifier, au cas où, le numéro de série du nouvel ordinateur que vous venez tout juste d’acheter dans un pawn shop…
22 juin 1997 Aucun commentaire
