Lise Raymond est assez occupée merci
La logique humaine a parfois de puissante ratée. La question est la suivante : pourquoi prend-t-on congé le jour de la Fête du Travail ? Pourquoi se dire : « Ouhaou ! C’est tellement l’fun le travail qu’a’ matin, je reste à la maison ? » C’est comme si on attendait l’anniversaire de quelqu’un pour se sauver de lui avec les talons qui nous pètent dans le cul. La réponse est nette : nous n’aimons pas le travail.
L’être humain a été conçu pour se laisser pousser une bédaine aux dimensions suffisamment imposantes pour que le nombril puisse servir de sous-verre à un pina colada. L’être humain est une machine créée comme réserve alimentaire pour le gêne mutant du cancer de la peau, ce qui nous pousse instinctivement vers tout ce qui est ensoleillé et tropical plutôt que vers l’abri d’un bureau protecteur. Si Dieu a fait l’Homme à Son image, je l’imagine en moto-marine au Bahamas. Et si l’image du vénérable barbu est exacte, tout porte à croire que Dieu doit ressembler vaguement à un Jean-Marc Parent bleaché.
Non. Y a jamais personne qui a organisé un surprise-party au travail. Personne pour rentrer au bureau le premier lundi de septembre, ouvrir les lumières tout d’un coup et crier : « SURPRISE ! Chu pas censé travailler mais chu là quand même ! » Pourquoi ? Parce que, répétons-le, les êtres humains éprouvent une aversion naturelle envers l’effort rémunéré. Tous les êtres humains ? Non. Un bureau peuplé d’une irréductible fonceuse résiste encore et toujours à l’envie folle du chalet dans le Nord.
Il s’agit bien sûr de notre héroïne nationale, la bien-nommée Lise Raymond. Lise s’est tellement ennuyée du travail pendant ses vacances qu’elle a décidé de crouler sous les contrats à son retour. Voici une liste exhaustive des événements qu’elle organise / promeut / parle de / gagne sa vie avec :
• spectacles des Colocs au Corona, du 3 au 7 novembre 1998;
• spectacles de France D’Amour les 15, 16 et 17 octobre 1998au Cabaret;
• spectacles de Claire Pelletier au Studio théâtre du Maurier, les 8, 9 et 10 octobre 1998;
• spectacle d’Oukoumé le 25 septembre 1998 au Spectrum;
• les 15, 18 et 19 septembre 1998, spectacle de Pierre Calvé au Studio Théâtre du Maurier;
• spectacles pour enfants de Danielle Martineau intitulé Accordélidon, ainsi que sa présence à Coup de coeur francophone;
• sortie de l’album Pour Toujours de Philippe Lafontaine, promo du 4 au 9 octobre 1998;
• sortie en octobre de l’album pour enfant Bruitzarre de Christian Merveille et spectacle dans le cadre de Coup de Coeur francophone;
• parlant de Coup de coeur francophone : conférence de presse pour le dévoilement de la programmation dudit événement le 30 septembre 1998;
• sortie de l’album de Loue Tremblay, Les Moulins de mon coeur, le 7 octobre 1998;
• sortie de l’album H20 de la jeune soprano de l’atelier lyrique de l’Opéra de Montréal, Geneviève Charest (date à confirmer);
• sortie de l’album de Christian Corneau à la fin d’octobre ou au début de novembre;
• spectacle de Jeszcze Raz le 5 décembre 1998 au Club Soda;
• et finalement, relation de presse pour Les Frères à ch’val (dont il faut surveiller le dernier clip, en passant) jusqu’à Noël !
Alors allez-y… Prenez votre fin de semaine de 3 jours. Coulez-vous-la douce. Pendant ce temps, il y aura quelqu’un dans un obscur bureau de la rue Saint-Laurent qui célébrera la Fête du Travail comme elle aurait toujours dû être célébrée : dans la sueur, la besogne et l’attente passionnée du burn-out salvateur !
2 septembre 1998 1 commentaire
Lise Raymond déclare : « Je ne suis qu’une chanson et ce n’est pas La Danse des canards… »
Lise Raymond est pratiquement née avec la chanson québécoise moderne. Comme en fait foi le condensé de sa biographie que nous publions ici (l’oeuvre intégrale paraîtra bientôt aux Éditions de l’Homme), son histoire est jalonnée d’événements qui soulignent sans ambiguïté les liens profonds qui l’unissent à la musique d’ici.
Lise apparaît sur cette terre en 1958 et déjà, à sa naissance, elle pousse des cris qui préfigurent certains des moments les plus emballants de la carrière de Diane Dufresne. À l’âge de 7 ans, elle est une fan passionnée des Baronnets. Son scrap-book de photos de René Angelil est plus gros à ce moment que celui de Céline Dion aujourd’hui. À 10 ans, elle tombe évanouie en apercevant Tony Roman dans la rue. Depuis ce jour, elle porte un bracelet Medic-Alert qui signale qu’elle est une groupie invétérée.
Les glorieuses années 70 se pointent et Lise Raymond est au rendez-vous. Elle est une des dix premières à acheter l’album éponyme d’Harmonium, et probablement la seule à avoir fumé la pochette. Dès 1976, elle arbore fièrement la coiffure de Gerry Boulet. À partir de ce moment, elle campe sur le Mont-Royal à toutes les St-Jean et s’abreuve avec passion des mots et des notes de nos bardes nationaux (et de bière, question d’avoir la même haleine que tout le monde).
La déprime post-référendaire des années 80 la frappe de plein fouet. Elle renie un temps ses racines en s’inscrivant à l’université en musique. Bach a pris la place de Beau Dommage, le clavecin, celle du mellotron de Fiori. Elle en sortira somme toute grandie, avec, dans ses poches, une expérience musicale inégalée, et un u*#e2! de clavecin à déménager à tous les mois de juillet.
Mais sa passion pour la chanson québécoise n’a finalement rien perdu de sa vigueur. Nous sommes en 85 et elle suit avec avidité les expériences techno-pop d’un Daniel Lavoie, la renaissance d’un Richard Séguin, et les Poteau-thon d’un Gérard Vermette. Dès cet époque, Lise a déjà commencé à travailler dans le domaine où elle œuvre encore de nos jours, un parcours qui la mènera pour les onze années à venir de Gamma à BMG Musique Québec, en passant par Trebas, Polygram, Audiogram et Warner.
Entre temps, son sentiment d’identification à la chanson d’ici ne se relâche pas : lors de la parution du premier album de Mitsou, elle se met à porter des jupes courtes et une affriolante push-up bra. Lorsque Marie Carmen crée la commotion que l’on sait, on voit régulièrement Lise s’habiller en noir et pleurer sans raison apparente. Inutile de dire ce qui se passe lorsque Kathleen fait un hit.
Le plus beau là-dedans, c’est qu’elle se met à collaborer activement au succès des nouveaux artisans de la chanson québécoise. Les Colocs, pour ne nommer que les plus populaires, lui en doivent une puisque Lise décide à la dernière minute de ne pas jouer de clavecin sur l’album. Qui sait l’influence déterminante que cette décision a pu avoir sur leur carrière ?
En 1996, consécration d’une longue vie de dévouement à la cause de la musique d’ici, elle participe au projet Si chacun, la chanson pour venir en aide aux sinistrés du Saguenay. À cette occasion, elle réunit plus de 120 artistes. Les résultats de ce travail immense se résument en deux points : (1) elle connaît maintenant le bottin de l’UDA par coeur et (2) elle est probablement une des seules personne, avec Jean-Marc Chaput, à pouvoir dire « tu » à la majorité des chanteurs et chanteuses du Québec.
Le réel couronnement de tout ça serait bien sûr d’être associée au projet Je vous entends chanter. Nous attendons d’ailleurs la confirmation avant de mettre un point final à la biographie dont il est question dans l’introduction. Mais là n’est pas le propos (surtout que nous ne voudrions pas avoir l’air de faire du lobbying excessif) : il faut simplement savoir que Lise Raymond ferait un ravage à un Tous pour un sur la chanson québécoise, si la dite émission existait encore.
Voilà, merci.
26 janvier 1997 Aucun commentaire
