Le blogue d’une relationniste de presse
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Catégorie — — 1997 —

Lise Raymond aux frontières du REER

I

La nuit était froide et brumeuse. Depuis longtemps, les chiens s’étaient tus par crainte d’attraper un rhume carabiné qui les aurait forcés à garder le lit et à boire beaucoup d’eau. L’automne était tombé comme une brique le 21 septembre 1997 au soir, au point où le bruit de la chute des feuilles jaunies avait littéralement arraché Lise Raymond à sa séance de méditation hebdomadaire.

Elle ne pouvait pas se douter que la semaine la plus étrange de sa vie venait tout juste de commencer.

Lise s’extirpa [sic] de la position du lotus, éteignit son bâton d’encens à saveur de réglisse, rangea la vieille photo de Peter Pringle qui l’aidait à « focusser » sur les vraies valeurs et, après s’être étirée un bon coup, elle fit ses 230 push-ups quotidiens qui faisaient d’elle la relationniste de presse la plus en forme du monde artistique québécois.

Comme d’habitude, en ce dimanche soir, elle se cala confortablement sur son divan IKEA et se mit à écouter les vieilles cassettes de Second regard enregistrées durant l’été, cassettes qu’elle conservait pour ces longues soirées mornes où ses méditations ne suffisaient plus. Car, malgré ce que plusieurs pensaient, Lise Raymond avait une vie spirituelle très élaborée et tutoyait sans problème le Pape.

Au début, il n’y eut que ce faible craquement, comme si les murs de son appartement longueuillois s’étaient soudain pris pour les jointures d’un nonagénaire arthritique. Elle n’y porta qu’une attention distraite, s’imaginant entendre le retour à la vie des plinthes de chauffage qui avaient chômé tout l’été. Mais le bruit se fit plus insistant, et Lise Raymond prit conscience qu’elle n’avait pas touché au thermostat. Le craquement devait provenir d’ailleurs.

Elle baissa le son du téléviseur et porta une attention particulière à cet étrange bruissement. En un éclair, elle imagina le pire. Un feu ! Il y avait un feu dans l’appartement ! Sa friteuse, achetée chez Dollarama, qu’elle avait utilisée au souper pour se faire des pétoncles venait probablement de faire des free games. Le fait qu’elle était en bois et que les instructions étaient mal traduites du chinois aurait pourtant dû l’inviter à la prudence. Telle une impétueuse gazelle poursuivit par l’avide guépard, Lise Raymond se précipita dans la cuisine.

Ce qu’elle vit la glaça d’effroi.

Non, rien ne brûlait. Mais une lueur rougeâtre émanait littéralement de son broyeur à déchet. Le bruit qui en sortait n’avait rien d’humain : un borborygme comparable au spasme digestif qui suit l’ingestion d’une Méga-bouffe du Colonel. Prenant son courage à deux mains, et incidemment son téléphone cellulaire, elle s’apprêta à composer le 911 lorsqu’une voix lugubre, tout droit sortie des tréfonds de son évier, l’interpella :

« Tu dois dééééméééénaaageeer ! »

La dernière chose qu’elle vit avant de perdre connaissance fut une forme évanescente (adjectif signifiant « qui ressemble vaguement à Evan Joanness ») qui s’approchait d’elle…

II

Lorsque Lise se réveilla le lendemain matin, elle était dans son lit. Il ne lui restait qu’un souvenir confus des événements de la soirée, comme lorsqu’on se réveille d’une brosse monumentale en se rappellant vaguement avoir embrassé fougueusement, soit un beau roux, soit un chien saucisse.

Se convaincant qu’elle avait sans doute rêvé (fallait absolument qu’elle slacke sur le beurre de pinotes avec les pétoncles), elle s’habilla en vitesse et se dirigea vers son bureau, sis au **** St-Hubert, où elle s’emploie avec un talent rare à faire la promotion d’artistes ou d’événements tels que Claire Pelletier, Dan Bigras, Alain Caron, Je vous entends chanter, Zébulon, Gowan, Saison Jazz Montréal, Fred Fortin, Musique Multi-Montréal, etc., c’est pas pour faire de la plogue, mais bon, dans les méandres touffus de ce récit haletant, y faut quand même passer de l’information.

Elle arriva au travail à 9h00. Tout de suite, elle sut que quelque chose n’allait pas. Pierre Tremblay, l’insigne imprésario qui était également son colocataire de bureau, dansait pieds nus en chantant Ani Couni. Pris par surprise, il prétexta qu’il venait de signer Florent Vollant et se réfugia rapidement dans son bureau.

Lise demeura perplexe. Elle se dirigea néanmoins vers son coin de travail lorsqu’un bruit la fit sursauter. Quelqu’un ou quelque chose la suivait… Elle était pourtant certaine d’avoir réussi à semer le recherchiste de CIBL qui l’avait poursuivie de chez elle jusqu’à la rue Ste-Catherine afin d’obtenir une entrevue exclusive avec les French B. Mais il fallait se rendre à l’évidence : une présence épiait sa nuque comme le condor épie la dépouille du lama (ça s’en vient vachement lyrique, trouvez pas ?).

Elle se retourna lentement…

Il n’y avait rien ! Décidément, son imagination lui jouait des tours. Elle soupira d’aise, reprit son chemin et HURLA COMME UNE DÉFONCÉE !

Là, devant elle, se tenait l’apparition de la veille, plus vraie que vraie. Un être blafard, vêtu de loques sanguinolentes, l’air à la fois hébété et menaçant, la regardait avec toute la haine du monde dans les yeux. Voir une telle créature ailleurs qu’à une intersection et sans skweegee la terrorisa pour de bon.

« Tu dois déééééméééénaaaageeer… » dit le monstre en la pointant du doigt (ce qui, on le sait, est tout à fait impoli).

Lise Raymond cria éperdument en en perdant son accent du Lac St-Jean. Elle courut se réfugier dans son bureau, derrière le bocal de son valeureux poisson rouge nommé Menoum. Une autre terrifiante surprise l’attendait…

III

À nouveau, elle fut glacée d’effroi. À côté de son bocal reposait Menoum dans une pose qui n’était pas sans rappeler le Christ au bas de la croix dans le fameux tableau de Tex Lecor. Comme chacun le sait, il est essentiel pour la race poissonneuse de rester dans son élément liquide sous peine de déshydratation sérieuse pouvant entraîner la mort, ou pire, une peau sèche et gercée. Le constat s’imposait donc de lui-même : on avait trucidé la pauvre petite bête. Le lâche ayant perpétré ce traître crime s’était vraisemblablement sauvé. Probablement un propriétaire de Mercedes…

Lise allait verser des larmes amères, mais son attention fut vite reprise par une affaire plus pressant : l’être rencontré plus tôt frappait maintenant à la porte.

« Va-t-en, ô infâme créature ! » cria Lise dans ce français irréprochable que les recherchistes de CBF Bonjour lui connaissent bien.

Pour toute réponse, l’étrange personnage redoubla d’ardeur et se mit à cogner avec la conviction d’un Témoin de Jéhovah qui n’a pas rempli son quota de conversion pour la semaine. Une seule solution s’imposait : faire appel à Mike Tyson.

Pour ceux qui n’auraient pas suivi les tribulations de notre héroïne, sachez que Mike Tyson est ce charmant doberman qu’elle a acheté il y a quelques mois pour protéger son bureau contre le vol, féroce molosse portant une rancune tenace à la race humaine qui lui avait vicieusement sectionné la queue à la naissance pour des raisons bassement esthétiques.

Lise ouvrit la porte de la cave qui donnait sur son bureau et Mike en sortit en trombe, aboyant sauvagement comme Gilles Proulx quand il écoute Howard Stern. Il se précipita sur la porte d’entrée, l’écume à la mâchoire (car il s’était fait surprendre en train de se brosser les dents). Le résultat escompté fut rapidement obtenu : la chose cessa de frapper. Elle se sauvait probablement déjà. Mais il n’était pas question de la laisser filer. En ouvrant la porte, Lise lança le cri de guerre à son redoutable pitou :

« Rapporte la prostate, Mike, rapporte… »

Les bruits d’une bataille épique suivirent. Lise eut un sourire de satisfaction à l’idée de la vasectomie à froid qui était en train de s’opérer. Par pudeur, elle se retourna et eut le choc de sa vie en voyant, à l’intérieur de son bureau, le malfaisant personnage qui se tenait toujours là en la pointa du doigt. Il lui dit, je vous le donne en mille :

« Tu dois déééééméééénaaaageeeer ! »

Puis, comme par magie, il s’évapora, pfffuit ! Un effet bien banal pour qui écoute assidûment Ma Sorcière bien-aimée au Canal D, mais qui, dans la vraie vie, laisse comme un choc, je vous jure.

Les pensées de Lise vacillèrent devant tant d’incongruités. Puis elle réalisa soudain : si l’abject individu venait de disparaître, c’était donc dire que Mike était en train de ligaturer quelqu’un d’autre.

Mais qui ?

IV

Lise se présenta à l’hôpital dès que les heures de visite le permirent. Après avoir traversé l’urgence et trébuché sur un amoncellement d’aînés qui traînaient devant le département des descentes de vessies, elle s’arrêta face à la chambre 3145 et y pénétra, pénétrée elle-même d’un immense sentiment de culpabilité.

Là, sur le lit, reposait dans un piteux état son colocataire de bureau, Pierre Tremblay. Le chien ne l’avait pas raté. Pierre n’était que points de suture. On aurait dit qu’il n’avait pas été traité par un médecin, mais par une membre en règle du Cercle des fermières dans une rage effrénée de courtepointe.

« Comment ça va ? » demanda Lise, se mordant les lèvres d’avoir échappé une question aussi stupide. « Mfvzrmlmzlvn… » répondit le grabataire avec beaucoup d’à-propos. En effet, la couture qui reliait sa mâchoire supérieure à celle d’en bas l’empêchait de prononcer autre chose que des consonnes labiodentales.

Pauvre Pierre. La pensée qu’on avait dû transporter son canal déférent dans la glace pour lui remettre en place à l’hôpital fit frissonner Lise.

« Mfvzrmlmzlvn… » répéta Pierre avec plus de conviction. Lise se rendit compte qu’avec sa main, il pointait quelque chose. En effet, le doberman avait épargné cette partie de son anatomie, et celle-là seul; car, on dira ce qu’on voudra, Mike est un pitou de principes et puisque Pierre lui avait déjà servi une « can » de Docteur Ballard, il avait refusé de mordre la main qui l’avait nourri. Par contre, il s’était méchamment vengé sur le reste.

Lise tourna son regard vers l’endroit que lui indiquait Pierre. Elle remarqua une feuille de papier et un crayon. Avec la présence d’esprit de Mario Tremblay dans ses meilleurs jours de coaching, elle pensa : « Il veut sans doute m’écrire quelque chose. » Elle les lui tendit donc et celui-ci rédigea la lettre qui suit :

Chère Lise,

Ne t’en fais pas pour moi. Dans le fond, je vais bien. Disons que je n’aurais jamais cru que le bruit produit par une testicule qu’on mâchouille est le même que celui du fromage en grains. Dis-toi que je suis la victime de mes propres agissements. Je t’ai longtemps caché quelque chose. Il faut maintenant que tu saches la vérité…

Nos bureaux de la rue St-Hubert ont été construits, comme la plupart des immeubles du Plateau, au début de ce siècle. En prenant possession de l’acte de vente, j’ai remarqué tout de suite un détail incongru, mais je n’y ai accordé à ce moment aucune importance. La vie a continué son cours pendant un bon bout de temps, jusqu’à ce que les apparitions commencent (et je ne parle pas ici des nombreux Félix qui sont apparus dans mon bureau). En effet, Lise, tu n’as pas rêvé. Ce que tu as vu, l’autre jour, était bien réel. C’était UN FANTÔME…

(Ici, Steven Spielberg aurait ajouté un bruit de tonnerre et un gros plan de l’oeil droit effaré de Lise).

Oui, chère amie, j’ai honte de te l’avouer maintenant, mais nos bureaux sis au **** St-Hubert à Montréal, prenez pas ça en note, ça s’ra p’us bon ben vite, nos bureaux, donc, ont été élevés sur le site d’un VIEUX CIMETIÈRE INDIEN. Plus précisément des Mohawks qui cultivaient paisiblement du pot sur les racines de leurs ancêtres. Voilà pourquoi ils insistent pour que nous déménagions. Ils veulent le repos éternel, et c’est pas quand t’écoutes tes CD de Claude Dubois à tue-tête (le dernier single est ben bon) qu’ils vont l’obtenir.

Le matin où ton chien m’a fait la job des Petits Chanteurs du Mont-Royal, j’allais t’annoncer que j’avais pris toutes les dispositions pour que nous déménagions promptement avant que nos âmes ne soient damnées à jamais. Mais le destin en a voulu autrement. De toute façon, voici notre nouvelle adresse qui sera valide à compter du LUNDI, 29 SEPTEMBRE 1997 :

****, rue St-Laurent, Bureau 417
Montréal (Québec)
*** ***

Désolé pour le dérangement. J’ai été puni pour mon omission. Maintenant, tu vas devoir me quitter. Une journaliste d’Elle Québec doit passer me voir bientôt pour un article qu’elle rédige sur la haute couture (ha, ha, ha, haïoille).

Je t’embrasse. Excuse si le fil te chatouille…

Lise, troublée, leva les yeux vers Pierre. Elle sourit pour exprimer qu’elle lui pardonnait et s’en fut.

Il fallait donc qu’elle déménage encore. Eh bien ! soit. Tout ce qu’elle espérait, c’est que ce serait la dernière fois avant longtemps parce qu’elle allait finir par manquer d’idées pour justifier ça dans un communiqué…

FIN

1 septembre 1997   Aucun commentaire

Lise Raymond devient ésotérique

Tel qu’annoncé dans notre précédente missive, Lise Raymond, heureuse propriétaire des Communications qui portent son nom, a finalement déménagé ses bureaux. Elle poursuit son œuvre grandiose sur la rue St-Hubert désormais, et elle désire profiter de la présente pour remercier tous ceux qui l’ont aidée à transporter son équipement de Longueuil à Montréal. Elle ne fait pas référence ici aux Néandertaliens pustuleux qui l’ont « déménagée » il y a quelques mois après être entrés chez elle par effraction mais plutôt à ses amis qui ont affronté la canicule pour lui donner généreusement un coup de main. Merci les boys, et votre pointe de pizza est dans ’ malle.

Mais là n’est pas l’objet de la présente.

En cette fin de siècle, où les gourous n’en finissent plus de suicider les peuples pour les préparer à l’Apocalypse imminent, il faut se méfier et n’accorder qu’une importance relative aux événements qualifiés par les médias d’étranges, bizarres et particuliers. Mais il ne faut pas non plus être aveugle et lorsque le destin se manifeste sous forme de signes troublants, il faut tenter de les interpréter. Ceci étant dit, imaginez-vous donc que le nouveau numéro de téléphone du bureau, c’est le :

596-1717 [note : ce numéro n'est plus celui des Communications Lise Raymond]

Il s’agit d’un numéro banal en apparence. Mais si on creuse un peu, on s’aperçoit que le nombre 96 correspond à l’année de la fondation des Communications Lise Raymond. En poursuivant l’enquête, on constate que le nombre 17 est répété deux fois et on est tout bonnement éberlué d’apprendre qu’il s’agit de la date d’anniversaire de Lise !

Jusqu’à maintenant, avouez qu’autant de coïncidences dans un même numéro de téléphone a de quoi perturber l’esprit le plus cartésien.

Mais ce n’est rien. Le numéro de fax de Lise, c’est le 596-1272 [note : ce numéro n'est plus celui des Communications Lise Raymond]. D’abord, il y a encore le 96, posé là comme la fondation d’un mystérieux édifice numérologique. Puis viennent le 1, le 2, le 7 et le 2, tous des chiffres qui se retrouvent dans son numéro d’assurance sociale ! On se croirait en plein épisode de The X-Files.

Pour les petits Scully qui doutent encore, prenons les chiffres qui composent sa nouvelle adresse : 4281. Additionnons 4 et 2, résultat : 6. Ensuite, 8 et 1, ça donne quoi ? Ça donne 9. 69 !!!

Bon. Avant que les plus pervers d’entre vous se fassent une idée erronée de la valeur symbolique de ce nombre, il faut préciser qu’il n’y a qu’à l’inverser pour y retrouver encore une fois le plus-que-persistant 96 !

Personnellement, j’en ai des frissons dans le dos.

Pour terminer cette démonstration, lisons son code postal : H2J 2W6 [note : ce code n'est plus celui des Communications Lise Raymond]. Puisque certains affirment qu’on peut faire dire n’importe quoi aux chiffres, prenons les lettres cette fois-ci : H, J et W. Si on additionne leur valeur respective au Scrabble™ (H : 4, J : 8, et W : 10), on obtient le nombre 22, nombre indubitablement divisible par 2, ce qui donne 11, et 11 en langage binaire, ça équivaut au chiffre 3, le nombre parfait, celui de la Sainte-Trinité. Alléluia ! et si ce n’est pas là le cautionnement divin des Communications Lise Raymond, je veux bien brûler en enfer, parce qu’anyway, ça doit être pas mal moins collant qu’à Montréal au début juillet…

Enfin… Tout ça pour dire qu’avec tous les petits trucs mnémotechniques que vous venez d’apprendre, vous devriez être en mesure de vous souvenir de tous ces numéros : numéros qui, soit dit en passant, peuvent faire la différence, pour vos artistes, entre une reconnaissance sympathique des médias de Boucherville à leur égard et un succès de masse à l’échelle planétaire. (On exagère un peu, mais bon, McDonald’s affirme dans ses publicités que ses hamburgers se mangent…)

Les Communications Lise Raymond vous souhaitent donc un bel été et en profitent pour vous rappeler que du 14 au 21 juillet 1997, si vous frappez constamment le répondeur, c’est parce que les bureaux sont fermés pour cause de vacances. Mais n’ayez crainte, les vilains filous qui imaginent pouvoir profiter de cette période pour entrer illégalement chez Lise afin de la dévaliser vilement auront une surprise de taille : en plus du charmant Jeffrey Dahmer, doberman de profession qui est nourri avec de la salade et des biscottes en prévision de ce moment depuis le 5 janvier 1997, Lise vient de faire l’Acquisition d’un rottweiler encore plus féroce qu’elle n’a eu d’autres choix que de baptiser Mike Tyson.

Voleurs, vos parties ne perdent rien pour attendre…

2 juillet 1997   Aucun commentaire

Lise Raymond est affligée par le destin mais elle conserve le moral

Un matin de mai. C’est la campagne électorale. Vous êtes en train de lire votre journal en dévorant une toast (ou, si vous avez brossé la veille, de lire une toast en dévorant votre journal). Soudain : stupeur ! Vous apprenez qu’une Lise Raymond, attachée de presse du Bloc Québécois, vient d’être limogée pour avoir communiqué un trajet erroné à un chauffeur d’autobus. Gasp ! Fichtre ! Vous vous dites : « Nooooon… Ce n’est pas la Lise Raymond que je connais… » Puis le doute s’installe en vous et vous pensez que, oui, c’est peut-être la Lise Raymond que vous connaissez, que le succès a dû lui monter à la tête, qu’elle est probablement tombée dans la consommation de substances illicites comme un vulgaire joueur de baseball de 20 ans, et qu’elle est en train de ruiner une si belle carrière, elle qui a toujours été si professionnelle, et vous vous mettez à chercher le numéro de téléphone de ses parents pour les aviser du drame que vit leur fille unique, — parce que ce genre de drame n’arrive toujours qu’à des filles uniques — mais vous n’arrivez pas à trouver le saudit numéro de téléphone, alors le découragement s’empare de vous et vous vous précipitez du haut du pont Jacques-Cartier en affirmant que l’Univers est composé de bulles cosmiques.

Si quelque chose du genre vous est récemment arrivé, cessez de vous en faire : il ne s’agit pas de la Lise Raymond que vous connaissez. La Lise Raymond, celle des Communications Lise Raymond, is alive and well, yes sir. Après avoir servi et rendu heureux les Je vous entends chanter, Zébulon, Gowan, Claire Pelletier, Saison jazz Montréal, Fred Fortin, Musique Multi-Montréal et Dan Bigras, pour n’en nommer que quelques-uns, la meilleure attachée de presse à l’est des Grands Lacs poursuit sans relâche son œuvre de diffusion du talent québécois.

Tout va donc pour le mieux dans le merveilleux monde de la sémillante Lise. Sauf que…

Sauf que Longueuil, où les bureaux de sa prospère entreprise sont sis, sauf que Longueuil, dis-je, n’a pas été gentil avec elle. Des individus sans scrupules, des filous de la pire espèce, des immondes personnages ont tenté de s’introduire par effraction dans ces bureaux non pas une, non pas deux, non pas trois, mais bien QUATRE FOIS ! Ils y sont parvenus à deux reprises et en ont profité pour s’envoler avec tout son matériel informatique. Ah ! je vous jure, la jeunesse d’aujourd’hui — parce que ce sont sûrement des jeunes, ils ne respectent plus rien —, ça ne pense qu’à faire des mauvais coups ou à s’acheter un skweegee plutôt qu’à faire quelque chose de constructif comme apprendre par cœur l’œuvre de Rimbaud ou se trouver une job stable dans le merveilleux monde de l’Info-pub.

C’est donc pour conjurer le mauvais sort que Lise, et les Communications qui portent son nom, ont décidé de déménager sur l’île de Montréal. À partir du 30 juin, vous pourrez donc la rejoindre au :
(***-****)
ou aller lui porter des fleurs pour la réconforter au :
****, rue St-Hubert
Montréal (Québec)

Comme disait Saint-Exupéry : « L’essentiel est invisible pour les yeux, mais prends pas de chance pis fais-le assurer quand même ». C’est cette puissante leçon que Lise a retenue de cette troublante aventure. Elle (et son nouveau doberman de 200 livres qui répond au doux nom de Jeffrey Dahmer) est maintenant prête à faire face au destin si celui-ci s’avise encore de lui jouer des tours. Entre temps, elle attend dans l’enthousiasme de vos nouvelles, question de vérifier, au cas où, le numéro de série du nouvel ordinateur que vous venez tout juste d’acheter dans un pawn shop…

22 juin 1997   Aucun commentaire

Lise Raymond déclare : « Je ne suis qu’une chanson et ce n’est pas La Danse des canards… »

Lise Raymond est pratiquement née avec la chanson québécoise moderne. Comme en fait foi le condensé de sa biographie que nous publions ici (l’oeuvre intégrale paraîtra bientôt aux Éditions de l’Homme), son histoire est jalonnée d’événements qui soulignent sans ambiguïté les liens profonds qui l’unissent à la musique d’ici.

Lise apparaît sur cette terre en 1958 et déjà, à sa naissance, elle pousse des cris qui préfigurent certains des moments les plus emballants de la carrière de Diane Dufresne. À l’âge de 7 ans, elle est une fan passionnée des Baronnets. Son scrap-book de photos de René Angelil est plus gros à ce moment que celui de Céline Dion aujourd’hui. À 10 ans, elle tombe évanouie en apercevant Tony Roman dans la rue. Depuis ce jour, elle porte un bracelet Medic-Alert qui signale qu’elle est une groupie invétérée.

Les glorieuses années 70 se pointent et Lise Raymond est au rendez-vous. Elle est une des dix premières à acheter l’album éponyme d’Harmonium, et probablement la seule à avoir fumé la pochette. Dès 1976, elle arbore fièrement la coiffure de Gerry Boulet. À partir de ce moment, elle campe sur le Mont-Royal à toutes les St-Jean et s’abreuve avec passion des mots et des notes de nos bardes nationaux (et de bière, question d’avoir la même haleine que tout le monde).

La déprime post-référendaire des années 80 la frappe de plein fouet. Elle renie un temps ses racines en s’inscrivant à l’université en musique. Bach a pris la place de Beau Dommage, le clavecin, celle du mellotron de Fiori. Elle en sortira somme toute grandie, avec, dans ses poches, une expérience musicale inégalée, et un u*#e2! de clavecin à déménager à tous les mois de juillet.

Mais sa passion pour la chanson québécoise n’a finalement rien perdu de sa vigueur. Nous sommes en 85 et elle suit avec avidité les expériences techno-pop d’un Daniel Lavoie, la renaissance d’un Richard Séguin, et les Poteau-thon d’un Gérard Vermette. Dès cet époque, Lise a déjà commencé à travailler dans le domaine où elle œuvre encore de nos jours, un parcours qui la mènera pour les onze années à venir de Gamma à BMG Musique Québec, en passant par Trebas, Polygram, Audiogram et Warner.

Entre temps, son sentiment d’identification à la chanson d’ici ne se relâche pas : lors de la parution du premier album de Mitsou, elle se met à porter des jupes courtes et une affriolante push-up bra. Lorsque Marie Carmen crée la commotion que l’on sait, on voit régulièrement Lise s’habiller en noir et pleurer sans raison apparente. Inutile de dire ce qui se passe lorsque Kathleen fait un hit.

Le plus beau là-dedans, c’est qu’elle se met à collaborer activement au succès des nouveaux artisans de la chanson québécoise. Les Colocs, pour ne nommer que les plus populaires, lui en doivent une puisque Lise décide à la dernière minute de ne pas jouer de clavecin sur l’album. Qui sait l’influence déterminante que cette décision a pu avoir sur leur carrière ?

En 1996, consécration d’une longue vie de dévouement à la cause de la musique d’ici, elle participe au projet Si chacun, la chanson pour venir en aide aux sinistrés du Saguenay. À cette occasion, elle réunit plus de 120 artistes. Les résultats de ce travail immense se résument en deux points : (1) elle connaît maintenant le bottin de l’UDA par coeur et (2) elle est probablement une des seules personne, avec Jean-Marc Chaput, à pouvoir dire « tu » à la majorité des chanteurs et chanteuses du Québec.

Le réel couronnement de tout ça serait bien sûr d’être associée au projet Je vous entends chanter. Nous attendons d’ailleurs la confirmation avant de mettre un point final à la biographie dont il est question dans l’introduction. Mais là n’est pas le propos (surtout que nous ne voudrions pas avoir l’air de faire du lobbying excessif) : il faut simplement savoir que Lise Raymond ferait un ravage à un Tous pour un sur la chanson québécoise, si la dite émission existait encore.

Voilà, merci.

26 janvier 1997   Aucun commentaire