Lise Raymond et les ressources humaines
Qui a une entreprise ici ? Levez la main. Non, nous ne nous adressons pas aux simples salariés ou contractuels qui n’ont d’autres soucis que de se poster près de la boîte aux lettres pour attendre leur chèque et faire parfois un burn-out, mais bon, c’est juste parce qu’ils ont une petite constitution. Nous désirons parler à ceux qui ont la fibre de l’entrepreneurship : les bâtisseurs, les décideurs, ceux que l’on surnomme le Québec de demain, tant que demain, ce n’est pas un jour de fin de semaine. C’est avec ces gens qui connaissent la vraie signification du mot « risque » (et du mot « accident cardio-vasculaire ») que nous désirons nous entretenir du sujet du mois : les ressources humaines. Les autres, pendant ce temps-là, peuvent continuer à recevoir leur T-4 et nous laisser jaser entre grandes personnes…
Tout le monde sait qu’un des départements les plus difficiles à gérer dans une entreprise, c’est celui des ressources humaines. Parce qu’un être humain, ce n’est pas un chiffre — à part peut-être dans l’expression 69. Un homme, une femme, ce sont de complexes petites machines pleines d’enfance malheureuse et d’Oedipe mal résolu qui ne se laissent pas enrégimenter aussi facilement que des caniches bien nourris. LISE RAYMOND, celle dont l’entreprise porte son nom, possède une grande expérience en la matière. Ayant eu à gérer quotidiennement de vastes équipes de une personne depuis au moins quatre ans, elle sait désormais qu’il ne faut pas leur crier après plus de quinze heures par semaine, sinon ils essaient de se négocier un comprimé de Prozac par jour dans leur convention collective.
Elle a appris également qu’un employé agit exactement comme un homme. À un moment donné, il part. Il peut avoir les pires raisons du monde, comme les meilleures, ce n’est pas grave : il part ! Pourquoi on n’entend pas plus souvent Le Temps qu’il nous reste de Fernand Gignac dans les partys de bureau ? Fouillez-moi pourquoi ! Un employeur a deux choix lorsque ceci se produit, un peu comme lors d’une peine d’amour : s’attrister sur son pauvre sort ou gifler l’énergumène en lui disant qu’ils sont tous pareils. Il existe bien sûr une solution mitoyenne : se quitter dans la joie et l’allégresse en se remémorant les bons moments passés. Ça arrive parfois dans les films américains. Mais dans l’ensemble, il faut se souvenir que d’une façon ou d’une autre, ça va coûter 4%.
Tout ça pour dire que ce qui devait arrivé arriva. Sofie Raymond, fidèle assistante de Lise depuis deux ans a quitté l’entreprise au mois de mai dernier. Ses raisons lui appartiennent. Mais Lise, comme une amoureuse éconduite, a fait ce qu’on fait dans ce temps-là : elle s’est précipitée sur une béquille. Fallait bien cicatriser la plaie… Elle n’était pas pour rester là à regarder le bureau de Sofie en soupirant, la tête penchée sur le côté. Y a des limites à l’apitoiement…
Alors voilà, elle a engagé Maggy. Maggy Roy, pour être précis. Une nouvelle fille au bureau, qui comme les autres, va partir à un moment donné, car c’est ce que les employés font. Mais entre temps, Lise a l’intention de se faire respecter. Oh v! que oui… C’est pourquoi Lise appelle désormais sa nouvelle employée « Maggy s’tie ! ». « Maggy s’tie ! appelle La Presse ! » « Maggy, s’tie ! apporte-moi le dossier de Coup de cœur francophone ! » « Maggy s’tie ! dis-y que chu en réunion. ». Au diable la co-gestion avec partenariat intégré. La bonne vieille relation amour/haine entre le boss et l’employé, y a que ça de vrai.
Ne vous surprenez donc pas si vous entendez Lise parler grassement au bureau. C’est simplement sa façon à elle de gérer sa ressource humaine. Faut se faire respecter, non de non.
P.-S : Lise tient à préciser qu’elle sera en vacances du 26 juillet au 14 août 2000. Et que cette année, ELLE NE CHANGERA PAS SES DATES ! Ça fait partie de son nouveau mode de gestion : le respect total et absolu des besoins du boss. Mais pour montrer sa magnanimité, elle a magnanimement consenti des vacances à Maggy s’tie qui ne sera pas là les 28 et 31 juillet 2000 ainsi que les 1er et 2 août 2000. Veuillez donc noter que la shop sera entièrement et totalement fermée ces dates-là. Merci.

21 juin 2000 Aucun commentaire
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