Le blogue d’une relationniste de presse
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Lise Raymond au pays des recherchistes télé

Peut-être vous souvenez vous qu’au mois de septembre dernier, LISE RAYMOND, des communications du même nom, avait émis un communiqué exprimant en long et large les grandeurs et misères du travail d’attachée de presse. Ce papier, bilan de la rencontre d’une dizaine de relationnistes, avait enfin permis aux membres d’un corps de métier peu connu d’exprimer leur réalité (et leurs émotions un coup pompette).

Croyez-le ou non, ce cri du cœur a fait des jaloux. « Si les attachées de presse ont le droit de se défouler, pourquoi pas nous ? », se sont demandé les autres travailleurs de l’industrie du spectacle. Entre autres, deux RECHERCHISTES de la télévision (celles dont le nom est suivi d’un astérisque sur la liste ci-dessous) ont fait parvenir un courriel à Lise pour lui dire que de l’autre côté de la clôture, ce n’était pas rose non plus. « Qu’à cela ne tienne ! » a-t-elle répondu. Donnons leur la parole à elles aussi, puisque nous vivons en démocratie et qu’il est important que l’opprimé s’exprime et que la veuve et l’orphelin aient leur chèque au début de chaque mois ! »

Alors un autre souper a été organisé pour permettre aux recherchistes de crever l’abcès.
Étaient présentes :

Josée Bélisle*, recherchiste à La Fureur;
Claudine Hamel*, de l’émission Les Mordus;
Céline Johnson, du Plaisir croît avec l’usage;
Chantal Marquis, recherchiste aux Choix de Sophie;
Sylvie Dumontier, de l’émission culturelle De Bouche à oreille, qui a eu l’initiative originale de s’identifier comme une commis chez Wal-Mart au moyen d’un petit papier qui disait : « Bonjour, je m’appelle Sylvie »;
Jacynthe Laporte, qui œuvre à La Fin du monde est à sept heures;
Danika Marquis, en congé de maternité, mais anciennement des Choix de Sophie, et de Fais-moi rire;
Lise Raymond et Patricia Huot, attachées de presse prêtes à défendre leur profession au cas où on déciderait de la passer au « batte »…

Les récriminations ont fusé, mais jamais autant que les sourires exprimant la joie de pouvoir partager ses frustrations. Voici donc ce que les recherchistes ont sur le cœur, car elles en ont un, malgré ce que vous pourriez penser…

LES RECHERCHISTES DE TÉLÉVISION TIENNENT À AFFIRMER HAUT ET FORT QU’ELLES NE SONT PLUS CAPABLES DE DEALER AVEC :

les BBM (Comme s’il n’existait que quatre (?) semaines par saison où il est important de faire de la bonne télé. L’annonceur sait-il qu’en payant pour 2,5 millions de spectateurs, il paie pour la semaine où Céline Dion, Pamela Anderson, les Rolling Stones et la Reine d’Angleterre étaient sur le même show ?)

la pression d’avoir, cette semaine-là, des « gros noms » (Le problème, ce n’est pas tant qu’on demande des gros noms, c’est qu’on veut toujours les mêmes dix, dont quatre qui ne veulent pas faire de télé, trois qui n’ont rien à ploguer et deux qui étaient sur le show la semaine dernière.)

« ces agents qui veulent trop » (Il y a de très fortes chances — après avoir essuyé soixante refus pour « booker » votre artiste sur une émission — que vous en essuyiez un autre au soixante et unième essai. La même loi que celle de l’orgasme s’applique ici : « À trop vouloir l’atteindre, non seulement on ne l’obtient pas, mais on pète aussi les ressorts de son lit [vieux proverbe estonien]. »)

la longueur des messages des attachées de presse sur leurs répondeurs (Le mot « CONCIS » n’a pas à être précédé du préfixe « CIR » pour être intéressant.)

un artiste qui dit « oui », un gérant qui dit « non », et une attachée de presse qui dit « peut-être »

la phrase : « Bon ben, vu que tu veux pas, j’vas demander à l’animateur d’abord (ou au réalisateur, ou au producteur, ou à Clément Chagnon direct (J’pas sûr du nom de ce dernier : c’est qui le boss de Vidéotron-TVA déjà ?)

et enfin, et surtout, les « DÉBOOKING » à une heure d’avis… à moins de fournir la prescription de Prozac qui permettra de passer au travers.

LES RECHERCHISTES EN ONT SOUPÉ D’ETENDRE LES PHRASES SUIVANTES :

De la part des attachées de presse :
« On va vous rappeler. »
« C’est quoi vos cotes d’écoute ? »
« I’ peut-tu amener ses musiciens, un quatuor à cordes pis sa choriste ? »

De la part du staff de l’émission :
« C’est pas assez hot… »
« Faut que ça soit une primeur, sinon on le prend pas. »
« Appellerais-tu le Pape pour voir si ça lui tenterait de faire un caméo en rollerblade avec un vire vent sur sa capine ? »

LES RECHERCHISTES TIENNENT À RÉPONDRE AUX ATTACHÉES DE PRESSE À LA QUESTION « QU’ADVIENT-IL DE NOS COMMUNIQUÉS ? »

On nage dedans. On en a assez pour alimenter pendant 10 ans l’incinérateur d’Urgel Bourgie. On pourrait être le fournisseur officiel de masques en papier mâché du Carnaval de Rio. On a l’impression d’être le point de chute de la déforestation mondiale. Alors, il est normal que de temps en temps, on perde le vôtre. ÇA N’A RIEN DE PERSONNEL.

LES RECHERCHISTES ADMETTENT :

que le refus d’une recherchiste télé exprimé par la phrase : « Ç’a pas passé au comité » est l’équivalent du refus d’un directeur de programme de radio exprimé par la phrase : « C’est pas notre son ».

ET FINALEMENT, LES RECHERCHISTES RÉCLAMENT :

plus que 3 pieds cube de bureau;
le respect;
une poupée vaudou à l’effigie de Julie Snyder.

C’est dit ! Souhaitons que vous soyez maintenant sensibilisés au sort des pauvres recherchistes. Lorsque vous écouterez votre prochain téléthon, pensez que le monsieur en chaise roulante n’est pas le seul à faire pitié : il y a aussi la madame qui a dû booker Evan Joanness à 2 heures du matin aux Galeries de la Capitale.

Allez en paix !

P.-S. : Une invitation est lancée aux autres professions. Si vous trouvez que vous aussi, vous êtes à plaindre, communiquez avec Lise, la défenseresse [sic] des métiers négligés. Telle une Zorro de la plume, elle aura vite fait de vous régler ça en moins de deux !

21 janvier 2000   Aucun commentaire

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