Le blogue d’une relationniste de presse
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The Lise Raymond story, rated PG

Lise Raymond… Depuis maintenant 2 ou 3 ans, vous suivez ses tribulations par l’entremise de ses communiqués et vous vous êtes souvent demandé : à quand la mini-série ? Une vie si trépidante ne mériterait-elle pas d’être diffusée le lundi soir après 4 et demi ? Tout ce qu’il y a à faire, après tout, c’est de trouver un producteur en moyen, un auteur américain et un prête-nom bien de chez-nous.

Dans l’idée d’intéresser des gens au projet, voici donc un petit synopsis. Certains événements de la vie de Lise ont bien sûr été romancés, mais l’essentiel a été conservé. Les noms ont été changés un petit peu afin d’éviter les poursuites. Des scènes de violence et de sexe ont été ajoutées afin de simplifier la tâche au scénariste américain qui adaptera l’histoire pour Hollywood. Voici donc :

MÉTIER : RELATIONNISTE
(Nous avons pensé aussi au titre : Les Dessous d’une relationniste qui permettrait : primo, de piquer l’attention de TQS; et secundo, d’aller chercher une commandite de Bikini Village. Mais bon, faut pas s’aliéner Télé-Québec non plus…)

Montréal, 1958. La lune est lugubre. Une femme crie. Dans une maison du quartier St-Henri, on voit cette dame en contraction livrer un enfant au monde. On dépose le poupon ensanglanté sur le sein de sa mère. Plutôt que d’essayer de téter, la petite fille empoigne le mamelon, lui imprime une torsion vers la droite et dit : « On pogne-tu CIBL ici ? » Le médecin, abasourdi, sombre dans le calvaire de la drogue et son histoire sera racontée en détail dans un des nombreux « spin-off » de la série.

16 ans plus tard. Liz Raymond (prononcer à l’anglaise) va à l’école au couvent des Ursulines. Elle apprend le clavecin et porte des broches (il y a un plan superbe à faire où on voit ses broches et, en fondu enchaîné, les cordes du clavecin). Un dimanche à l’église, alors qu’elle donne un concert, elle aperçoit un beau jeune homme dans la première rangée. C’est un Italien originaire de Sorel-Tracy qui s’appelle Guido. Troublée, elle s’enfarge dans ses notes, ce qui provoque l’hilarité générale. Elle quitte la maison du Seigneur en versant des larmes amères. Quelques jours plus tard, alors qu’elle est seule dans l’église en train d’épousseter le tabernacle, Guido la surprend. Ils se regardent puis s’embrassent fougueusement avec la langue et tout. De fil en aiguille, en passant par le chas, ils font l’amour sur l’autel et sur l’intro de Carmina Burana. Le curé les surprend, résiste à l’envie de prendre des photos pour sa collection personnelle, et les chasse, lui de elle, elle de la congrégation. Démunie, reniée par sa famille et tout, Liz cherche éperdument à revoir Guido qui la fuit. Elle apprend que c’est un musicien de rock’n'roll et que ces hommes n’ont de fidélité qu’envers la musique. Elle se promet bien qu’un jour, elle les fera manger dans sa main. Le destin de Liz Raymond est celé. Fin de l’épisode 1 (ou première pause publicitaire, tout dépendant du budget accordé par Téléfilm).

15 ans plus tard. Liz est une femme aigrie qui travaille chez Woolco. C’est le jour à 1.44Italien originaire de Sorel$. Elle poinçonne machinalement la marchandise que les clients achètent. Elle est une des meilleures pitonneuses du magasin, sa formation de claveniciste aidant. Alors qu’elle entre le code de marchandise d’un rouleau de scotch tape, elle lève les yeux et voit — qui ? — rien de moins que Engelbert Humperdink devant elle, l’air mal à l’aise. Il dit qu’il va payer son rouleau avec sa carte de crédit. Liz essaie, mais rien à faire, la carte ne passe pas. Engelbert s’effondre, dit qu’il est ruiné, que rien ne va plus dans sa vie, que si seulement une relationniste de presse compétente pouvait s’occuper de son plus récent album. Le patron du Woolco — un petit gros qui sent le Old Spice — se présente et demande ce qui se passe. Liz tente de lui expliquer qui est Engelbert et la nature de ses problèmes, mais le méchant ne veut rien entendre et affirme qu’il doit être payé rubis sur l’ongle. Liz l’envoie promener, dit qu’elle quitte son emploi, ouvre sa caisse, prend les billets de banque, les garroche dans les airs, les clients se précipitent pour les ramasser, le patron dit : « Mais… mais… » Liz part en riant avec Engelbert, et le patron, le faux toupet déplacé, fait une moue contrariée à la caméra. Ici, les ratings devraient défoncer ceux de La Petite Vie.

La carrière de Liz démarre sur les chapeaux de roues. On assiste à son premier succès où elle arrive à placer une chanson d’Engelbert dans une station country à Fort-Chimo. À l’instar de Murray Head, M. Humperdink devient une star au Québec et on le voit régulièrement aux Démons du midi. Liz croule sous les honneurs et reçoit 18 trophées au gala hors d’onde de l’ADISQ, une première mondiale que le réseau CNN couvre à la place de la guerre du Golfe.

Liz est sollicitée en diable et décide de fonder son entreprise : Liz Raymond Communications International Inc. Les plus grands la courtisent (ici, on aurait plein de caméos de vedettes, comme Huey Lewis and The News, Paco de Lucia et Markita Boies). Un jour qu’elle est dans son bureau au 145e étage de l’édifice qu’elle a fait construire au centre-ville, son secrétaire personnel (un rôle muet tenu par David Duchovny) ouvre la porte en essayant de retenir quelqu’un qui tente désespérément d’entrer. Il n’y arrive pas, et qui apparaît dans le bureau ? Pouf ! le cruel Guido… Il porte une barbe de trois jours et des espadrilles défoncés. Il explique son malheur : après avoir accompagné Toulouse — et vécu, dans ces années d’opulence, de poudre et de licence amoureuse — sa carrière s’est mise à péricliter. Tout ce qu’il a touché par la suite a essuyé un vibrant échec — même son groupe « Hommage à Maneige » — et il est persuadé que la cause de ses mésaventures est la faute qu’il a commise devant Dieu et devant Liz. Il est là maintenant pour implorer son pardon. La rancœur de Liz devant ce visage angélique s’évanouit tout à fait. Elle lui fait des remontrances, mais accepte de l’excuser. Le « make up sex » qui s’ensuit est un morceau digne d’anthologie.

Liz accepte de reprendre en main le destin professionnel de Guido. Aveuglée par l’amour et par ses pectoraux siliconés, elle se met à investir des millions pour faire lever sa carrière. Mais Guido, à cause de son arrogance, ne plaît pas au public québécois. Peu importe, Liz prépare un coup fumant : le soir de la St-Jean-Baptiste, il va prononcer un discours magistral rédigé par Gilles Vigneault qui fera vibrer la fibre nationaliste de la populace, le désignant ainsi comme le nouvel icône d’un peuple. Le soir arrive et Guido, plutôt que de crier avec passion « Vive le Québec libre », s’enfarge et clame avec véhémence : « Libérons la Saskatchewan ». Il quitte la scène sous les huées. Liz Raymond est tenue personnellement responsable de cette bévue monumentale, et l’ostracisme des médias achève de détruire l’empire qu’elle a si patiemment édifié.

Guido, égoïstement, se met à l’accabler et à lui reprocher sa déchéance. C’est à ce moment — et c’est l’événement clé du scénario — que Liz ouvre les yeux. Elle se redresse fièrement, cabrant les reins comme un cheval sauvage, et lui dit : « Toé, mon criss de tarla !… » Sous les applaudissements qui surgissent partout des chaumières canadiennes-françaises, elle le jette à la porte à grands coups de pied sur les balles de ping-pong. Le geste lui fait du bien, mais elle se retrouve néanmoins là, désœuvrée, face à un destin plus qu’incertain. Elle est en train de pleurer sur le trottoir quand, soudain, une voix familière se fait entendre. Elle dit : « Est-ce que je peux t’offrir du scotch tape ? » C’est Engelbert ! Il se souvient du soutien indéfectible qu’elle lui a apporté lors du pire épisode de sa vie, et il est prêt à faire pour elle ce qu’elle a fait pour lui. Elle prend la main qu’il lui tend et ils partent bras dessous, bras dessous vers un horizon lumineux, car l’amitié et les belles valeurs arrangent tout. Fin.

Comme vous le voyez, le scénario est assez habilement construit pour que le public réclame un « part II ». Si la demande est là, nous vous proposerons sans doute la suite. En attendant, faites de beaux rêves…

11 novembre 1999   Aucun commentaire

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