Le blogue d’une relationniste de presse
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Lise Raymond n’est pas seule

Ah ! le mois de septembre, mois de toutes les rentrées. Les enfants retournent à l’école habillés de beaux vêtements neufs, attendant avec allégresse le moment où ils seront joyeusement taxés. Nos vénérables aïeuls retournent en Floride, impatients de revivre le moment où l’avion touche le sol, cet instant magique où ils peuvent applaudir à tout rompre le pilote (ce qui amène la question suivante : s’ils avaient crashé en plein milieu du Connecticut, l’auraient-ils hué ?). Et, bien sûr, les artistes retournent au travail en lançant qui un disque, qui une saison théâtrale, qui un appel désespéré au gouvernement pour avoir une subvention.

Cette rentrée culturelle signifie pour vous, gens du milieu, que le téléphone va recommencer à sonner comme une corvette à Athènes équipée d’un système antivol. Et qui sera à l’autre bout de la ligne les trois quarts du temps ? Qui vous harcèlera encore plus que le twit qui appelle tout en respirant fort ?

Les attachées de presse, bien sûr…

Ces créatures, que certains aimeraient voir inscrites sur la liste des animaux en voie de disparition, ont la fâcheuse habitude d’être sur le dos de tout ce qui est susceptible d’obtenir un peu de rayonnement médiatique pour les artistes qu’elles représentent. Elles sont tannantes, gossantes insistantes : elles sont le supplice chinois de la goutte d’eau réincarné dans la race humaine.

… Du moins, c’est ce que nombre d’entre vous pensez. Mais cette sombre description de ce métier ingrat a le désavantage de ne présenter qu’un côté de la médaille. Les attachées de presse ont beau être considérées comme les Témoins de Jéhovah de l’industrie culturelle, ça ne les empêche pas d’endurer, elles aussi, les sottises de la nature humaine !

C’est d’ailleurs pourquoi sept d’entre elles se sont rencontrées à l’occasion d’un souper dans un restaurant branché du plateau Mont-Royal. Pendant trois heures, le cellulaire et la pagette à off, elles ont échangé autre chose que des CD promo ou des billets de spectacle. Elles ont janettebertrandisé sur leur métier et les angoisses qui s’y rattachent. Elles se sont tout dit… TOUT.

Commencez-vous à être nerveux ?

Étaient présentes : PATRICIA HUOT et ISABELLE DESAULNIERS, relationnistes entre autres de Judith Bérard, Diane Dufresne et Jean-Michel Anctil; ÉLIZABETH ROY, qui a comme dossiers chauds le Gala de l’ADISQ, le Festival de la Chanson de Granby et Martin Petit; NATHALIE COURVILLE, fraîchement revenue de Paris forte de son expérience en communications; JOHANNE BRUNET, attachée de presse du Quat’sous; et LISE et SOFIE RAYMOND, des Communications Lise Raymond dont vous avez reconnu le logo plus haut qui s’occupera cet automne du Cirque Éloize, Chloé Ste-Marie, Loreena McKennitt et Bourbon Gautier.

Voici quelques extraits commentés de ce qu’elles se sont dit. Leur drame vibrant y est exprimé en quelques phrases assassines. Sortez vos mouchoirs et compatissez. Ou, du moins, faites semblant…

• AP = attachée de presse

D’ABORD, L’APHORISME SUIVANT EST FAUX :
Si ça marche, c’est que l’œuvre est géniale; si ça floppe, c’est l’AP qui est sous-douée.
LA VÉRITÉ EST LA SUIVANTE :
Un CD plate restera toujours un CD plate. Il en va de même pour les spectacles d’humour, de théâtre et de musique.
MAIS AVEC UNE NUANCE :
Les sept AP présentes précisent qu’elles ont rarement eu à défendre un produit plate.

À L’INTENTION DES GÉRANTS, ARTISTES, ET COMPAGNIES DE PRODUCTION : IL A ÉTÉ ÉTABLI AVEC UNE CERTITUDE QUASI-BIBLIQUE QUE :
- les AP ne montent pas les maquettes des unes des quotidiens;
- elles ne poussent pas la souris des journalistes;
- elles ne connaissent aucune cérémonie vaudou permettant de contrôler, et/ou de faire dire ce qu’elles veulent aux représentants des médias;
- il est plus aisé de défriser un poil pelvien que d’obtenir une apparition au Point, avec ou sans « J ».

À L’INTENTION DES RECHERCHISTES :
IL EST TOUT AUSSI CERTAIN QUE :
- Si votre émission est diffusée le dimanche avant-midi dans la même case horaire que La Semaine verte, les probabilités d’avoir Céline en entrevue exclusive sont EXTRÊMEMENT MINCES. La réponse sera presque invariablement : « On lui en parle et on vous rappelle »;
- PRÉCISION : une primeur, par définition, ne peut se répéter; un artiste ne peut apparaître pour la première fois qu’une fois. Quand le clonage aura réussi à produire autre chose que des tétards ou des brebis, il sera possible de reconsidérer la question. MAIS PAS AVANT…

LES AP RÉCLAMENT CE QUI SUIT (sous peine de partir un syndicat avant longtemps) :
- le droit de ne pas répondre au téléphone à la maison : l’afficheur n’a pas été inventé pour rien;
- le droit de fermer le cellulaire dans les occasions suivantes : funérailles, parties de fesses, opérations à cœur ouvert;
- le droit, comme le reste de l’Occident, aux week-end off;
ELLES VEULENT ÉGALEMENT :
- être payées temps double après 17H00;
- pouvoir facturer à leurs clients les frais afférents aux crises existentielles qu’ils leur font subir : massages, acupuncteurs, ostéopathes, S.A.Q., etc.
- être rémunérées pour le cours INDUSTRIE 101 qu’elles ont à donner très souvent;
- se voir remettre un doctorat honoris causa en psychologie.

LES AP S’INTERROGENT :
- Qui est l’informateur des pique-assiettes ? Qui leur dévoile l’horaire des rendez-vous de l’industrie ? Une récompense digne de celle offerte pour la capture des Frères Dalton sera remise à toute personne permettant l’arrestation du stool…
- Où se trouve le trou noir, le vacuum où s’évapore tous les kits de promo ? Y a-t-il un endroit dans l’univers, à l’autre extrémité du worm hole, où s’accumule des milliards de découpures de presse et de communiqués agonisants ? Est-ce qu’ils leur arrivent la même chose qu’à la chaussette dans la sécheuse ?
- Les réceptionnistes ont-elles des parts dans les magasins L’Échange ?
- Les fax des journalistes sont-ils généralement installés juste au-dessus du bac vert ?

FINALEMENT, LES SEPT AP PRÉSENTES, APRÈS UN REPAS BIEN ARROSÉ, TIENNENT À DÉCLARER AU MONDE ENTIER CE QUI SUIT :
Elles sont :
- fines,
- belles,
- intelligentes,
- attachantes,
- drôles,
- compréhensives,
- complices et solidaires,
- pas compétitives,
- en amour les unes avec les autres,
- pas mal pompettes, c’est le temps d’aller se coucher…

Voilà ! Espérons que ces quelques éclaircissements ouvriront les yeux à ceux qui veulent voir. N’oubliez jamais que derrière chaque attachée de presse se cache un être humain… Et que cet être humain mérite le respect, l’admiration et un stylo laminé après 25 ans de service.

8 septembre 1999   3 commentaires

Mon amie Lise « MARKETING DU SPECTACLE WEBLOG {12 avril 2008 à 9:43}

[...] nous livre ici un billet décapant sur son blogue sur le metier d’attaché de presse dans la culture. [...]

antivols {29 juin 2008 à 11:47}

je sui strès admiratif de l’esprit critique donrt tu fais preuve :)

Eclats {1 juillet 2008 à 12:33}

je tenai juste à te dire qu’il est particulièrement plaisant d” parcourir ton blo ;)

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