Le blogue d’une relationniste de presse
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Lise Raymond fait ses prières

I

Au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, c’est le carême. Cette période de l’année, où Notre Seigneur a été insidieusement tenté par le démon, nous interpelle tous. C’est un temps propice au recueillement, au jeûne, et surtout au magasinage des gougounes confortables qui nous accompagneront tout l’été durant.
Les COMMUNICATIONS LISE RAYMOND profitent de l’occasion pour vous soumettre quatre prières, une par semaine, d’ici Pâques afin de nourrir votre communion profonde avec le Christ. Bon recueillement…

PRIÈRE VISANT À NOUS PRÉSERVER DE LA LUXURE, DU STUPRE ET DE LA FORNICATION

En ce temps maudit où le diable essaie
D’apprendre à Jésus à quoi sert un poignet
Donne-nous, ô Toi qui es au ciel
La pudeur de notre très Sainte Sœur Angèle
La force de résister aux tentations
Pour ne pas que, comme Bill Clin(ne)ton
On s’garroche sur tout ce qui pendasse
De l’abdomen de la féminine race
Préserve-nous de subir l’outrage
De s’faire pogner tout nu au bar l’Orage
Et surtout Dieu Saint, Père du Christ
Montre-nous l’infamie des danses à dix
Où dans l’ombre malsaine de l’isoloir
Les curés touchent ce qu’ils ne devraient même pas voir
Ainsi que l’horreur des bars de gogo-boys
Où on se rase le zwizwi et s’enduit de Lestoil

AMÈGNE !

II

C’est le carême. Les COMMUNICATIONS LISE RAYMOND vous le rappellent encore, car, inutile de le cacher, on vous a vus la semaine passée en train de prendre une bière, ce qui est une profonde insulte pour notre Seigneur qui, pendant ce temps-là, se déshydrate dans le désert et cherche désespérément un Provi-Soir, quek’ chose… Enfin, expurgez votre péché en récitant ceci :

PRIÈRE POUR NOUS PRÉSERVER DES PARADIS ARTIFICIELS

Seigneur, je suis une brebis égarée
Brebis je suis, car j’adore téter
Au goulot désirable de la dive bouteille
Pis si y a pas d’vin, une draft ferait pareil

Je voudrais prendre une Black sans tomber à quat’ pattes
Sauf que si j’en bois une, je vide la 24
La balloune est ma perte, je le sais, je le sens
Je veux partir sur elle, mais pas souffler dedans

Je voudrais revenir dans le droit chemin
Mais c’est pas évident après quinze verres de vin
Seigneur, prends pitié, fais de moi un homme
Pis faut qu’j'te dise en passant que toé, hic ! t’es mon chum

Seigneur Dieu, tu es Saint, je suis à ta merci
Tu fais grandir ma foi, mais mon foie est fini
Que ton règne vienne, que ta volonté soit faite
Tu peux-tu jusse attendre que je r’vienne des toilettes

AMEN (z-en deux autres pis mets ça sur mon bill !)

III

Après vous avoir proposé depuis deux semaines des prières illuminatrices qui auront sans nul doute élevé votre âme (et votre facture de papier à fax), LISE RAYMOND décide aujourd’hui d’assurer sa propre rédemption. Bienvenue dans la spiritualité d’une des femmes les plus pieuses depuis Annie Sprinkle…

PRIÈRE DE LISE RAYMOND

Seigneur, Mon Dieu, je suis pécheresse
Je m’appelle Lise et fais de la relation de presse
Il m’arrive parfois de me péter les bretelles
Mais je n’suis, après tout, que téteuse professionnelle

Seigneur, je vous en prie, ayez pitié
J’ai quelques petites choses à vous demander :

Faites, Mon Dieu, qu’à tous mes lancements
La place soit pleine comme par enchantement
Que les gens des médias s’y garrochent aussitôt
Comme les mannes au printemps dans ma vitre d’auto

Ou : Que les gens des médias s’y agglutinent
Comme des poils de poche dans la Vaseline (!)

Que mon mur s’emplisse de disques de platine
À la vitesse que ça prend pour digérer des bines
Que journalistes et recherchistes m’adulent plus qu’il ne faut
Qu’ils soient même prêts à payer pour un CD promo

Faites que les artistes que je représente m’obéissent
Et acceptent avec joie l’entrevue durement arrachée au Allo-Police
Et faites, Seigneur, qu’il soit possible d’appeler
Un musicien avant midi sans le réveiller

Mais surtout…

Je ne veux pas me retrouver comme un seul homme
Dans l’enfer des relationnistes de presse
À essayer de paqueter le Centre Molson
pour Evan Joanness…

ÉÉÉÉÉÉMEN !

IV

En fin de semaine, c’est Pâques. C’est la fête de Jésus qui ressuscite. Pas étonnant : avec la quantité de chocolat qu’on mange cette journée-là, le rush de sucre ferait lever n’importe qui. Pour ceux qui ignoreraient ce qu’on célèbre en ce jour glorieux — à part l’utilité du bracelet Medic-Alert — LES COMMUNICATIONS LISE RAYMOND vous proposent un petit résumé poétique de la Semaine Sainte. Inch’ Allah…

LA SEMAINE SAINTE

Le Christ savait que le jour était arrivé
Il invita donc ses chers apôtres à souper
Chacun savait qu’il s’agissait du dernier repas
Quand t’es reçu avec du pain, c’est clair que c’est ça

Les disciples écoutèrent Jésus les larmes aux yeux
Pas pour ce qu’il disait, mais parce que ça sentait le torrieux
Jésus remarqua et sa voix s’éleva au-dessus du simoun :
« Déchaussez-vous que j’mette de la poudre pour bébé dans vos gougounes »

(J’aimerais qu’on applaudisse ici le fait que je sois parvenu à trouver quelque chose de savant qui rime avec gougounes. Merci.)

Le Seigneur savait qu’il allait bientôt mourir
Son horoscope du matin ne pouvait lui mentir
Judas l’avait vendu pour à peine trente deniers
Mais il se pendit parce que l’impôt en grugeait la moitié

Le Fils de Dieu fut mené à son procès
On le jugea le jour même — la cour n’est plus c’qu’elle était !
Avant le chant du coq, Pierre le renia trois fois
Avec des chums de même, t’es dans la schnoutte jusque-là

Les Romains se moquèrent du pauvre Jésus
Lui firent boire du vinaigre et crachèrent dessus
L’ornèrent d’une couronne et d’un ridicule sceptre
Jésus se dit : « J’vas-tu mourir ou rentrer au CEGEP ? »

Ils le clouèrent cruellement sur une planche
C’est plate pas pouvoir se gratter quand ça te démange
Il mourut, mais trois jours plus tard il ressuscita
L’haleine du matin qu’il avait, j’vous dis pas

C’est pourquoi les Chrétiens adorent maintenant la Croix
Mais parfois je me demande si c’est sain tout cela
Une chance que Jésus n’est pas mort empalé
Sinon Dieu seul sait ce qu’on aurait adoré…

19 mars 1998   Aucun commentaire

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